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GRÈCE - "AVEC LE COVID-19 LES CONDITIONS DES DEMANDEURS D'ASILE SE SONT EMPIRÉES. ENTRETIEN AVEC ROMANE, BÉNÉVOLE AU SAMOS LEGAL CENTRE

Illustration : GRÈCE -

"La situation à Samos est très critique. Je suis impressionnée par la résilience des demandeurs d’asile, leur courage, leur gentillesse, leur capacité à sourire encore, en dépit de ce qu’ils ont traversé. "

À l'occasion de la Journée mondiale des migrants, Romane, bénévole experte juridique ente août et décembre 2020 au Samos Legal Centre en Grèce, partage avec nous son expérience. Elle se remémore ces quelques mois passés aux côtés des demandeurs d’asile pour nous raconter la vie sur le camp, ses missions en tant que caseworker, les défis et les espoirs des demandeurs d'asile.

En ces temps de crise sanitaire, Avocats Sans Frontières remercie tous ses bénévoles et équipes sur le terrain et en France qui, par leur engagement, continuent d'insuffler du courage partout où elles et ils agissent.

 

 

« Depuis le 24 août 2020, je suis bénévole au centre juridique d’Avocats Sans Frontières à Samos, l’une des îles grecques qui accueillent le plus de demandeurs d'asile avec Lesbos et d'autres hotspots. À Samos, on a un camp avec aujourd’hui 4 000 demandeurs d’asile, mais il y a quelques mois encore ils étaient beaucoup plus nombreux. À un moment donné il y avait 8 000 personnes alors qu’initialement le camp était prévu pour 650 personnes. Samos est un camp aux conditions complètement insalubres, il y a des déchets partout, les gens construisent eux-mêmes leur tente, et quand il pleut comme en ce moment forcément ce sont des conditions extrêmement difficiles pour les demandeurs d'asile. Il y a quelques conteneurs mais ce n'est pas assez pour ceux qui sont là et même les conteneurs sont dans un état extrêmement déplorable. Avec le coronavirus, les conditions des demandeurs d’asile se sont empirées, puisque les ONG ne peuvent plus agir aussi facilement qu’avant. C’est donc vraiment dans un contexte critique qu'intervient Avocats Sans Frontières France ici à Samos. 


Nos missions, en tant que bénévoles experts juridiques, c'est avant tout de conseiller les demandeurs d'asile tout au long de leur procédure d'asile qui dure extrêmement longtemps. Certaines personnes sont là depuis 2 ans et attendent toujours d'avoir un entretien d’asile. Notre rôle en tant que conseillers juridiques, c'est de les informer sur leurs droits, et surtout de leur expliquer comment se passe un entretien d’asile, et ce qui est important dans leur histoire. Parce que souvent, les personnes ne se rendent pas compte de ce que signifie juridiquement qu’être un réfugié, et ne vont pas forcément comprendre ce qui est attendu d'eux lors de leur entretien d'asile. Ainsi, nous les informons et les orientons tout au long de leur procédure, puis nous participons aussi à l'identification des personnes vulnérables pour essayer d'améliorer leurs conditions de vie. C’est dans ce contexte que nous avons rédigé des requêtes devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme afin d'essayer d'améliorer leurs conditions de vie et de mettre fin à ces traitements inhumains et dégradants pour les plus vulnérables, qui sont ici les femmes enceintes de plus de 7 mois, les nouveaux-nés, et les personnes qui ont des graves problèmes de santé. 


Des souvenirs marquants, pour moi ici il y en aura eu beaucoup. Chaque rencontre est marquante puisque chaque personne a une histoire différente, une histoire de vie différente, un trajet migratoire différent, et des conditions de vie ici aussi parfois plus difficiles pour certains que pour d'autres, notamment tous ceux qui perdent à un moment donné leur tente et tout ce qu'ils ont dans des incendies, puisqu’à Samos les incendies sont très fréquents dans le camp. Si je devais en choisir un, je parlerais d'un afghan que j'ai rencontré plusieurs fois, et la dernière fois c'était hier. C’est un afghan d'une cinquantaine d’années, c’est-à-dire quelqu'un d’assez âgé pour le camp puisque la plupart des personnes sont très jeunes. Il me parlait de l'Afghanistan, et en fait il a été torturé dans les années 90 par les talibans. Il n’en avait jamais parlé à personne et c'est donc à mes côtés qu'il s'est finalement ouvert et a raconté avec précision ce qui lui était arrivé. C'était un moment extrêmement émouvant, la manière dont il l'a raconté c'était comme si c'était hier pour lui. Ça m’a vraiment impressionnée, à quel point le souvenir d'un événement traumatisant peut rester, peut perdurer dans le temps en dépit de toutes les expériences qui surviennent ensuite. C’était un événement très émouvant puisque à la fois sa femme était touchée, et le traducteur et moi aussi étions très émus par son histoire de vie.


Au niveau de mon bilan personnel, cela m'a rendue encore plus déterminée et convaincue qu'il faut défendre les droits des demandeurs d’asile. Ce dont on se rend compte ici à Samos c'est qu'il y a un problème d'accès au droit pour les demandeurs d'asile, ils ne savent pas quels sont leurs droits, ils ne savent pas ce qu'est le statut de réfugié, ce qu'est la protection subsidiaire. C'est donc absolument essentiel de leur assurer cet accès au droit afin qu'ils puissent mieux se défendre juridiquement. Sur un plan plus juridique, je pense que la situation à Samos fait réfléchir à la gestion de la politique migratoire et de la gestion des hotspots en Grèce, et partout dans l'Union Européenne. Je pense qu'il faut réfléchir aussi juridiquement à essayer de diversifier les stratégies contentieuses pour améliorer le sort de ces personnes qui, il faut le rappeler, ne peuvent pas sortir de l'île dans la majorité des cas. Ils sont soumis à une restriction géographique donc ils sont obligés de rester ici pendant toute leur demande d'asile, sauf s’ils sont reconnus comme vulnérables et à ce moment-là ils pourront quitter l'île, et continuer leur procédure d'asile autre part.


Je ressors d’ici avec cette envie encore plus importante de défendre les droits des demandeurs d’asile, et sur un plan personnel je trouve que c'est toujours très enrichissant de rencontrer des demandeurs d'asile puisqu’à chaque fois je suis impressionnée par leur résilience, leur courage, leur gentillesse, leur capacité à sourire encore en dépit de ce qu'ils ont traversé. Humainement c'était une expérience extrêmement enrichissante et j'espère bien pouvoir continuer à défendre les droits des demandeurs d'asile, même si à priori je ferai ça plutôt depuis la France puisque je me destine à être avocate en droit des étrangers, et j'aimerais bien aussi faire du droit pénal. 


Voilà la situation à Samos. C’est très critique et heureusement que des associations sont présentes telle qu’ASF France, cela permet d'apporter quelque peu d'assistance à des personnes qui en ont extrêmement besoin. »

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