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NIGÉRIA - INTERVIEW D'ANGELA UWANDU, REPRÉSENTANTE PAYS

Illustration : NIGÉRIA - INTERVIEW D'ANGELA UWANDU, REPRÉSENTANTE PAYS

En 2021, nous poursuivrons notre intervention au Nigéria, où le manque de confiance du peuple envers les forces de l'ordre ne fait que s'aggraver. Les défenseurs des droits de l'homme, journalistes et dirigeants d'organisations de la société civile se voient de plus en plus menacés, malgré une loi nationale sur la liberté d'information. Angela Uwandu, responsable du bureau d'ASF France au Nigéria, revient sur les récents événements et la poursuite de nos actions dans ce contexte de tensions.

 

 


Quelle est la situation actuelle au Nigéria et quelles difficultés rencontrez-vous ?


Le Nigéria continue d'enregistrer des violations des droits de l'homme perpétrées par les forces de l’ordre. Des rapports de divers groupes de défense des droits de l’homme révèlent que la torture est régulièrement utilisée par les forces de l'ordre et en particulier par la police nigériane comme moyen d'enquête lors des interrogatoires, et cela afin d’obtenir des aveux.


L’impunité des auteurs de ces violations des droits de l’homme est un défi majeur au Nigéria. Même si ASF France obtient réparation pour les victimes, les auteurs doivent être poursuivis. La loi anti-torture promulguée en 2017, qui prévoit jusqu'à 14 ans d'emprisonnement pour les agents de sécurité reconnus coupables de torture, n'a pas encore été mise en œuvre, et la culture de l'impunité se poursuit. Cela s’est particulièrement observé lors des manifestations du mouvement #EndSARS, qui se sont déroulées en octobre 2020 dans plusieurs villes du pays. Certains de leurs leaders ont été secrètement arrêtés par la police, tandis que des personnes soutenant ces manifestations ont vu leurs comptes bancaires gelés, leurs passeports internationaux saisis, ou ont été détenus arbitrairement dans des prisons. La poursuite des auteurs est rendue d’autant plus difficile que la plupart des victimes sont traumatisées et craignent des représailles. Un autre défi majeur est la difficulté à appliquer les jugements de la Cour contre la police, en particulier lorsque des dommages et intérêts sont accordés aux victimes.



Comment se déroule le projet SAFE dans un tel contexte ?


Nous poursuivons d'abord nos actions de plaidoyer, afin d’assurer le maintien de bonnes relations avec les parties prenantes du projet et en particulier avec les responsables gouvernementaux, y compris les responsables des institutions de sécurité. Cela offre des opportunités de dialogue et d'appels à des changements institutionnels tels que l'amélioration du mécanisme de responsabilisation interne pour remédier aux excès des forces de l'ordre.


Par ailleurs, le maintien de la composante de renforcement des capacités des acteurs locaux est une stratégie importante dans le travail avec les forces de l'ordre et les acteurs judiciaires pour combler le manque de connaissances sur les normes internationales relatives aux droits de l'homme. De cette façon, les forces de l'ordre voient que même si nous appelons à la responsabilité pour les violations des droits, nous travaillons également avec elles pour améliorer le système.


Comment se poursuivra le projet SAFE en 2021 ?


A la lumière des récentes manifestations au Nigéria appelant à la fin des brutalités policières, les domaines d'intervention du projet que sont la torture, les exécutions extrajudiciaires et la détention arbitraire nécessitent encore plus d'attention. Les victimes ont plus que jamais besoin d'un soutien juridique pour réclamer justice. 


Nous sommes bien engagés pour travailler avec le gouvernement sur le projet de réforme de la police, en particulier sur la composante d’éducation aux droits de l'homme. Après des formations sur les droits de l’homme pour des personnes issues des médias, des OSC et des forces de l'ordre dans les États de Kaduna, Lagos, et Enugu, d'autres formations sont programmées au premier trimestre 2021, ainsi que des visites de plaidoyer.


Le projet entend également continuer à jouer un rôle clé pour le respect des droits de l'homme au Nigéria en donnant aux organisations locales de la société civile les moyens de continuer à documenter et signaler les cas où qu'ils se produisent et à demander justice. Enfin, pour persévérer dans cette mission, nous pouvons compter sur la poursuite de la coopération avec nos partenaires de longue date que sont l'association du Barreau nigérian, le Conseil d'aide juridique du Nigéria et la Commission nationale des droits de l'homme.

 

En savoir plus sur le projet SAFE

 Le projet SAFE est financé par l'Union Européenne et l'AFD.

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