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"Mobiliser nos compétences au service de l'humain", entretien avec Gaëlle Pasquier de Solan, experte bénévole au Cameroun

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Avocate au barreau de Paris et ancienne lobbyiste, Gaëlle Pasquier de Solan a rejoint ASF France en 2015 afin de mettre ses compétences au service de la protection des droits et libertés individuels. Experte bénévole pour notre projet au Cameroun, elle est partie en mission du 19 au 26 juin à Bafoussam et à Douala pour assurer l’animation de tables rondes sur l’accès à la justice et les peines alternatives pour les personnes privées de liberté, et rencontrer les partenaires du projet.
 
  • Qu’est-ce que votre expérience sur le projet RECAJUD vous a apporté ?

Le projet a pour objet le renforcement des capacités de la société civile Camerounaise pour l’accès à la justice des personnes en détention, et se décline en deux axes principaux :  Promotion des droits des détenus et prise en charge des cas les plus emblématiques (pas de mandat de dépôt, durée de la détention préventive expirée, personnes discriminées, etc.) - Promotion de l’exercice effectif des peines alternatives pour les cas en relevant. Je me suis ainsi rendue sur le terrain pour l’organisation avec nos homologues locaux de deux tables rondes et rencontrer nos partenaires et bailleurs.

Les tables rondes portaient sur le développement des peines alternatives aux prisons et le non-renouvellement de la détention provisoire. L’ensemble de la chaîne pénale était représentée ce qui a pu donner lieu à de riches échanges, des partages d’expérience tant entre les participants aux tables rondes qu’avec nous, experts bénévoles ASF France. Cela m’a apporté autant à titre professionnel qu’à titre personnel. D’une part parce que nous confrontons des façons d’exercer dont l’influence est mutuelle, d’autre part car nous rencontrons des homologues ne faisant pas face aux mêmes défis que nous dans leurs exercices ce qui nous rappelle combien il est important, lorsque l’on en a les capacités, de mobiliser nos compétences au service de l’humain.

Au même titre que les tables rondes, les rencontres institutionnelles m’ont autant challengée qu’inspirée notamment grâce à des personnes dont les engagements sont pleins et entiers, cela m’a encouragée à continuer cet investissement personnel et professionnel en prenant conscience de la part non négligeable que cela représente dans cet ensemble mobilisé au service des droits humains.

 

  • Quel est l’impact que RECAJUD  a eu au niveau local selon vous ?

Il est à mon sens possible d’identifier d’ores-et-déjà plusieurs impacts du projet RECAJUD sur le terrain. Tout d’abord par la mobilisation d’acteurs rarement sollicités ensemble. Leurs interactions très concrètes ont notamment permis à des magistrats engagés d’éclairer leurs collègues et partenaires sur la marge de manœuvre que la loi camerounaise permettait déjà, afin de favoriser le développement de décisions appliquant des peines alternatives. Aussi, des greffiers encourageaient nos confrères avocats en faisant remonter quelques décisions fermes concernant le contrôle des détentions provisoires prononcées. Ou encore, des professeurs d’universités aux côtés de représentants de l’administration ou d’organisations de la société civile ont pu réfléchir - en confrontant leur expertise avec ces acteurs de la chaine pénale - à des recommandations pour renforcer, orienter et encourager le développement de peines alternatives et limiter le renouvellement de la détention provisoire. Le projet pris dans son ensemble qui avait aussi conduit à de très nombreuses consultations et prises en charge par des avocats de prisonniers, a un rayonnement facilité par un relai médiatique.

Les premiers impacts sont donc positifs puisqu’ayant encouragé les acteurs de la chaîne pénale à se mobiliser ensemble, et ayant orienté une pratique recommandée tant pour les participants, que pour les décideurs publics qui bénéficient d’un retour terrain afin de coconstruire une politique publique efficace.

Toutefois, le projet a une ambition telle que les impacts sont encore bien trop limités et nécessite notamment un déploiement sur l’ensemble du territoire camerounais, afin que les premiers retours encourageants puissent devenir des pratiques répendues et efficientes. C’est à mon sens la condition à ce que le projet RECAJUD ait efficacement renforcé les capacités de la société civile camerounaise pour l’accès à la justice des personnes en détention.

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