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[TÉMOIGNAGE] “ L'attente, c’est pire que tout ”, Lucky, ex demandeur d'asile à Samos

Illustration : [TÉMOIGNAGE] “ L'attente, c’est pire que tout ”, Lucky, ex demandeur d'asile à Samos

Lucky est l'un des 524 demandeurs d’asile soutenus en 2021 par l'équipe ASF France au sein du Samos Legal Centre. Parce qu’il est membre du Mouvement des peuples indigènes du Biafra (IPOB), ce Nigérian de 34 ans est exposé à un risque extrême de persécution et d'agression dans son pays. Il est arrivé sur l’île de Samos en septembre 2019. Après deux années passées sur l’île, il obtient finalement la protection internationale en septembre 2021. 

 

J'ai quitté mon pays parce que j'étais un membre actif du Mouvement des peuples indigènes du Biafra, et cela m'a causé beaucoup de problèmes. Le gouvernement nigérian nous considère comme un groupe terroriste et nous persécute, mais nous voulons simplement un État biafrais indépendant.

Après mon entretien d'asile à l’été 2020, j'ai reçu une décision négative. 

J’ai utilisé le traducteur de Google pour comprendre la retranscription de mon entretien et j'ai vu tellement d'erreurs. J’étais vraiment en colère. 

C'était comme si tout ce que j'avais dit pendant l'entretien n’avait servi à rien.

J'ai quitté mon pays pour des raisons politiques, mais le service d'asile grec a écrit que c'était à cause d'un problème familial, ce qui est faux. Je me suis aussi rendu compte que l'interprète n'avait pas compris mon anglais. Par exemple, j'ai dit que je travaillais dans l'électronique, et il a dit que j'étais électricien ! Il y a eu beaucoup de choses comme ça.

Ce jour-là, nous étions plus de 50 personnes à recevoir une décision négative*. J’avais entendu parlé du Samos Legal Centre alors je m’y suis précipité, et vous m'avez donné une date pour rencontrer une de vos avocates.

Quand j’ai rencontré l’avocate, Naya, elle m'a tout expliqué et j’ai pu lui parler des erreurs de traduction et des preuves, parce que dans la décision, il semblait que le service d’asile grec croyait chaque élément de preuve que je leur donnais (ma carte de membre, des articles de journaux), mais au fond ils ne me croyaient pas moi, ni mon histoire.

L'avocate m'a dit d'apporter plus de preuves sur les événements récents au Nigéria, parce qu’il y a eu beaucoup de meurtres. Je lui ai apporté des photos et elle m’a dit lesquelles inclure dans mon dossier, puis elle a continué à rédiger et avec le reste de la procédure. Puis j'ai attendu.

L'attente, c’est pire que tout. Vous devez regarder les gens partir, et vous vous êtes coincés là, et tout le monde entend parler de ce nouveau camp aux allures de prison (ndlr : le camp Zervou a ouvert en septembre 2021). Je ne voulais vraiment pas y être transféré.

Finalement, après quatre mois d'attente, votre avocate m'a dit que j'avais reçu la protection internationale. Je ne pouvais pas y croire... J’étais tellement heureux. 

Quand je dis à mes amis que vous n'avez pas pris d'argent pour gagner mon affaire, ils ne me croient pas. Certaines personnes paient 400 euros, ou même plus. 

Maintenant, je vis à Athènes et je travaille dans une usine de recyclage. Lorsque j'attendais la décision et que j’étais encore dans le système d’asile, j'avais toujours peur que la police m'arrête. Maintenant, je n'ai plus à avoir peur.

Photo : Lucky et son avocate Naya

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